Donald Trump a justifié lundi sa volonté de mettre la main sur le Groenland par son échec à obtenir le prix Nobel de la paix, affirmant ne plus penser "uniquement à la paix", au moment où le conflit autour de ce territoire autonome danois menace de rallumer une guerre commerciale entre Etats-Unis et Europe.
"Etant donné que votre pays a décidé de ne pas m'attribuer le prix Nobel de la paix pour avoir mis fin à +PLUS+ de 8 guerres, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix", a écrit le président américain dans un message adressé au Premier ministre norvégien Jonas Gahr Store rendu public lundi.
Le cabinet de M. Store a confirmé l'authenticité de la lettre, qui affirme que "le monde ne sera pas en sécurité tant que nous n'aurons pas le Contrôle Total et Absolu du Groenland".
Les tensions entre Européens et Américains ont fait chuter les principales Bourses européennes lundi, après que Donald Trump a menacé d'imposer à huit pays européens - dont la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne - de nouvelles surtaxes douanières en raison de leur opposition concernant le Groenland, et que l'Union européenne a promis une riposte.
"Je pense que cela serait très mal avisé", a mis en garde le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent, qui s'exprimait devant des journalistes avant l'ouverture du Forum économique mondial à Davos, en Suisse.
"Le président (Trump) voit le Groenland comme un actif stratégique pour les Etats-Unis. Nous n'allons pas sous-traiter à quelqu'un d'autre la sécurité dans notre hémisphère", a-t-il lancé.
- "Intérêts communs" -
L'UE continue quant à elle de prôner le "dialogue" plutôt que "l'escalade", tout en affirmant qu'elle dispose d'"outils" et est "prête à réagir" dans le cas où le président américain viendrait à mettre à exécution ses menaces dans le domaine commercial.
Des soldats danois débarquent au port de Nuuk, au Groenland, le 18 janvier 2026 ( Ritzau Scanpix / Mads Claus Rasmussen )
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a à cet égard dit avoir insisté sur "la nécessité de respecter sans équivoque" la souveraineté du Groenland et du Danemark au cours d'une rencontre lundi avec une délégation bipartite du Congrès américain au Forum de Davos.
"Dans le même temps, l'Union européenne reste prête à continuer de travailler étroitement avec les Etats-Unis, l'Otan et d'autres alliés, en étroite coopération avec le Danemark, afin d'avancer sur nos intérêts communs en matière de sécurité", a-t-elle ajouté.
Ces pressions américaines ne modifient pas la position du Groenland, soucieux de son droit à l'autodétermination et sa souveraineté, a affirmé son Premier ministre Jens-Frederik Nielsen.
Le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen, le 17 janvier 2026 à Nuuk ( AFP / Alessandro Rampazzo )
Il est en cela appuyé par nombre de ses concitoyens, tels Hans Zeeb, qui, interrogé par l'AFP à un arrêt de bus à Nuuk, la capitale groenlandaise, "trouve ça vraiment dommage ce que fait Trump" car, dit-il, "le Groenland n'est pas à vendre".
Le président américain "devrait rester loin de nous car nous vivons ici en paix, sans soucis", renchérit Nina Carlsen, une employée de bureau de 52 ans.
Les dirigeants européens se réunissent jeudi soir en sommet extraordinaire à Bruxelles pour évoquer les récents propos de Donald Trump sur le Groenland et les droits de douane.
Le chef de l'Etat français Emmanuel Macron compte demander l'activation de l'instrument anticoercition de l'UE, qui permet de limiter les importations provenant d'un pays ou son accès à certains marchés publics et de bloquer des investissements.
Pour tenter de réduire les risques d'une détérioration de la situation, le chancelier allemand Friedrich Merz a quant à lui fait savoir qu'il allait "essayer de rencontrer le président Trump mercredi". Ce même jour, la question du Groenland sera abordée par les ministres des Finances du G7, dont font partie les Etats-Unis.
Face aux menaces, le Danemark et Groenland ont proposé la création d'une mission de surveillance de l'Otan de cette immense île, a déclaré lundi le ministre danois de la Défense Troels Lund Poulsen.
Des avions d'un commandement militaire américano-canadien doivent "bientôt arriver" au Groenland pour participer à des "activités prévues de longue date" sur ce territoire autonome danois, a annoncé lundi cette force binationale.
Celle-ci précise que cette activité a été coordonnée avec le Danemark et que les autorités du Groenland ont également été informées.

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