
Le ministre israélien des Affaires étrangères Israël Katz à Jérusalem
par James Mackenzie
Israël a annoncé mercredi une importante extension de son opération militaire dans la bande de Gaza afin de s'emparer de vastes portions de l'enclave palestinienne et de les inclure dans ses zones de sécurité, ce qui entraînera des déplacements massifs de population.
Les dirigeants israéliens semblent ainsi vouloir profiter des signes de contestation civile contre le Hamas apparus récemment dans la bande de Gaza pour accroître la pression sur le mouvement islamiste, qui contrôle l'enclave depuis 2007.
Israël Katz, le ministre israélien de la Défense, a déclaré dans un communiqué que des évacuations seraient ordonnées pour extraire les habitants des zones de combat, tout en exhortant les Gazaouis à éliminer le Hamas et à libérer les otages israéliens, seul moyen selon lui de mettre fin à la guerre déclenchée par l'attaque du 7 octobre 2023.
Avant ces annonces, l'armée israélienne avait déjà émis des ordres d'évacuation pour les personnes habitant en périphérie de Rafah et aux abords de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, en leur conseillant de se rendre dans le secteur d'Al Maouassi, sur le littoral, auparavant désignée zone humanitaire.
Les bombardements israéliens sur Gaza ont fait 41 morts mercredi, parmi lesquels 19, dont des enfants, se trouvaient dans une clinique des Nations unies transformée en lieu d'hébergement pour déplacés, selon les autorités sanitaires de l'enclave.
La radio palestinienne a rapporté que les environs de Rafah avaient été presque complètement désertés à la suite des ordres d'évacuation.
Sur le site d'une frappe israélienne à Khan Younès, une habitante, Rida al Djabbour, a rapporté en brandissant une petite chaussure et en désignant un mur taché de sang que sa voisine venait d'être tuée avec son bébé de trois mois.
"Depuis que cette frappe a eu lieu, nous n'avons pas pu nous asseoir ni dormir ni quoi que ce soit", a-t-elle dit, en racontant que les secouristes ne parvenaient même pas à séparer les cadavres des victimes.
Israël Katz n'a pas précisé la superficie des territoires dont l'Etat hébreu entendait prendre le contrôle ni s'il envisageait une annexion permanente, susceptible d'aggraver l'entassement d'une population vivant déjà dans l'un des endroits les plus densément peuplés au monde.
L'armée israélienne a déjà grandement élargi la zone tampon qui existait avant la guerre le long des frontières de Gaza et elle en a depuis créé une autre, le corridor de Netzarim, qui coupe le territoire en deux en son milieu.
Selon Gisha, organisation israélienne de défense de la liberté de déplacement des Palestiniens, Israël a déjà pris le contrôle de 62 km² de Gaza, soit environ 17% du territoire, avec la zone tampon créée aux frontières de l'enclave.
LES FAMILLES D'OTAGES "HORRIFIÉES"
Les dirigeants israéliens ont parallèlement dit vouloir faciliter le départ volontaire des Palestiniens de Gaza, encouragés en cela par les projets du président américain Donald Trump de transformer le territoire en vaste station balnéaire une fois tous ses habitants évacués.
Après deux mois de calme relatif dû à un cessez-le-feu ayant permis des libérations d'otages en échange de prisonniers palestiniens, Israël a repris mi-mars ses bombardements aériens sur la bande de Gaza et renvoyé ses troupes au sol dans l'enclave, tout en bloquant l'acheminement de l'aide humanitaire qui serait, selon les dirigeants israéliens, détournée par le Hamas au profit de ses membres.
Les efforts du Qatar et de l'Egypte pour tenter de relancer des négociations ont jusqu'à présent échoué.
Israël Katz a une nouvelle fois fait écho mercredi aux propos martelés par le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, selon lequel le Hamas doit désarmer et la pression militaire est le moyen pour l'Etat hébreu de récupérer les 59 derniers otages enlevés lors de l'attaque du mouvement islamiste sur son territoire le 7 octobre 2023.
"J'appelle les habitants de Gaza à agir maintenant pour éliminer le Hamas et restituer toutes les personnes enlevées", a dit le ministre israélien de la Défense. "C'est la seule manière de mettre fin à la guerre."
Un responsable du Hamas, Bassem Naïm, a répété mercredi à Reuters que les otages ne seraient libérés qu'à l'issue d'une négociation et non via une pression militaire.
Le Forum des familles des otages, qui représente les proches des personnes retenues par le Hamas dans la bande de Gaza, a déclaré qu'elles étaient "horrifiées de se réveiller ce matin" avec les annonces d'Israël Katz. Il a ajouté qu'Israël avait le devoir de libérer tous les otages, dont une partie sont présumés morts, et d'"explorer tous les canaux possibles pour progresser vers un accord permettant leur libération".
(avec Maayan Lubell et Ali Sawafta à Ramallah, et Angus McDowall, version française Camille Raynaud et Bertrand Boucey, édité par Augustin Turpin et Blandine Hénault)
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