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Les investisseurs se réfugient vers les actifs à l'abri de la tempête commerciale
information fournie par Reuters 03/04/2025 à 13:31

Le président américain Donald Trump tient un document "Barrières au commerce extérieur" alors qu'il s'exprime sur les tarifs douaniers dans la roseraie de la Maison Blanche à Washington

Le président américain Donald Trump tient un document "Barrières au commerce extérieur" alors qu'il s'exprime sur les tarifs douaniers dans la roseraie de la Maison Blanche à Washington

par Carolina Mandl et Laura Matthews

Les investisseurs cherchent à se protéger des risques économiques maintenant que les droits de douane promis par le président américain Donald Trump ont été dévoilés, en recherchant notamment des actifs capables de résister à une récession et à une remontée de l'inflation, ou des entreprises moins exposées au commerce international.

L'indice S&P 500 a perdu 7,7% depuis le sommet atteint le 19 février, dans la foulée de l'investiture de Donald Trump pour un second mandat à la Maison blanche, et pourrait subir encore plus de volatilité, selon les investisseurs, les droits de douane américains annoncés mercredi soir s'étant avérés plus lourds que beaucoup ne le pensaient à Wall Street.

Donald Trump a dévoilé mercredi de nouveaux droits de douane dits "réciproques" d'au moins 10% sur toutes les importations aux Etats-Unis, au risque de provoquer une hausse des prix et d'engager une guerre commerciale mondiale.

La nouvelle incertitude concernant les mesures commerciales de Washington incite les investisseurs à opter pour des stratégies de protection et de couverture des positions.

"Nous ne savons pas du tout où nous allons atterrir, où nous serons dans les trois ans et demi à venir, en ce qui concerne les droits de douane", souligne Don Calcagni, directeur des investissements chez Mercer Advisors.

"C'est pourquoi nous pensons qu'il s'agit d'un marché où les investisseurs devraient rester prudents, très bien diversifiés et ne pas essayer de jouer les héros", dit-il.

Les matières premières, les métaux précieux tels que l'or, les actions décotées ("value") et les valeurs défensives, ainsi que les petites entreprises et les obligations, sont autant d'actifs susceptibles de protéger contre l'impact des fluctuations économiques liées aux droits de douane.

"Les mouvements que nous avons observés sur les marchés jusqu'à présent sont le résultat d'une fuite vers la sécurité face au risque imposé par les droits de douane ou à une récession potentielle. Il faut maintenant voir plus loin", estime pour sa part Gustaf Little, gestionnaire de portefeuille chez Allspring.

"Il pourrait y avoir un potentiel pour une ère de démondialisation à cause des droits de douane", ajoute-il.

Il dit chercher notamment des petites capitalisations qui peuvent bénéficier des politiques protectionnistes, car elles sont moins dépendantes du commerce extérieur que les grandes capitalisations et a ajouté quelques positions de ce type au cours des dernières semaines.

Robert Christian, analyste chez Franklin Templeton, explique qu'en tant qu'investisseur en fonds spéculatifs, il préfère les fonds macroéconomiques mondiaux, qui peuvent négocier une myriade d'actifs dans différents pays, ou les fonds d'actions neutres, qui ont tendance à bien se comporter dans un environnement incertain.

"Les entreprises ont rempli leurs entrepôts et sont prêtes… pour les trois ou quatre prochains mois. Mais la question est : que se passera-t-il ensuite ?", se demande-t-il.

UN TEST DE TOLÉRANCE

La situation pourrait encore s'aggraver, même si le S&P 500 est déjà en territoire de correction.

"Les droits de douane exorbitants appliqués pays par pays constituent une tactique de négociation qui maintiendra les marchés sur le qui-vive dans un avenir prévisible", note Adam Hetts, responsable mondial de la gestion multi-actifs chez Janus Henderson Investors.

L'analyste souligne que l'administration Trump a fait preuve d'une résilience surprenante face aux difficultés du marché.

"La grande question est maintenant de savoir quelle est sa tolérance à l'égard d'une véritable souffrance économique au fur et à mesure que les négociations se déroulent", relève-t-il.

Le S&P 500 se négocie actuellement à environ 20,4 fois les bénéfices estimés pour les 12 prochains mois, ce qui est nettement supérieur au ratio cours/bénéfice moyen à long terme de 15,8, montrent les données de LSEG.

La principale préoccupation des investisseurs est de savoir si les politiques commerciales protectionnistes des Etats-Unis vont éroder la confiance des entreprises et des consommateurs, faire remonter l'inflation et pousser la première économie mondiale vers la récession, voire la "stagflation", une combinaison de croissance faible et de prix élevés.

Selon Michael Medeiros, stratège chez Wellington Management, les entreprises qui ne savent pas à quel type de pressions sur les coûts s'attendre auront du mal à prendre des décisions en matière de dépenses et d'embauche à court et moyen terme.

"C'est là que l'impact corrosif de l'incertitude peut vraiment commencer à se répercuter négativement sur l'économie", avertit-il.

Les prévisions de récession étaient déjà à la hausse avant l'annonce des droits de douane mercredi soir. Cette même semaine, Goldman Sachs a relevé de 20% à 35% la probabilité d'une récession aux États-Unis au cours des 12 prochains mois.

Pour Michael Medeiros, en charge de la stratégie d'investissement chez Wellington, les actifs réels, tels que les métaux précieux, pourraient protéger les portefeuilles d'un éventuel effet secondaire de récession des droits de douane, ainsi que de l'inflation.

Damian McIntyre, gestionnaire de portefeuille chez Federated Hermes, dit rechercher pour sa part des valeurs défensives offrant du dividende en cas de ralentissement économique.

De son côté, Chris DeCarolis, gestionnaire de portefeuille senior chez Wealth Enhancement, estime que les entreprises de services publics sont également intéressantes dans ce contexte d'incertitude.

"Les gens continueront à payer les entreprises de gestion des déchets pour ramasser leurs ordures, ou leurs factures de téléphone portable", déclare-t-il.

L'EXCEPTIONNALISME AMÉRICAIN EN QUESTION ?

Les investisseurs s'inquiètent également des répercussions à travers le monde et de la manière dont les droits de douane modifieront la demande de produits américains sur d'autres marchés.

"Ces droits de douane vont sûrement pousser les consommateurs en Chine et dans d'autres pays à consommer davantage de leurs propres produits ou d'autres marques", note Eric Clark, directeur des investissements chez Alpha Brands Portfolio Manager, ajoutant que les sociétés du S&P 500 génèrent plus de 40% de leur chiffre d'affaires en dehors des États-Unis.

Cela pourrait même modifier le discours sur l'"exceptionnalisme américain", qui a vu l'argent affluer vers les actifs de la première puissance économique mondiale.

"La question est désormais de savoir si l'exceptionnalisme américain est sur le point de changer et, si oui, vers où ce leadership va se déplacer", souligne Olga Bitel, stratège chez William Blair & Co.

Certains voient cependant une lueur d'espoir.

"Je pense que le marché va se calmer, commencer à analyser les détails et se rendre compte que les nouvelles sont au pire mitigées", dit Jason Britton, directeur des investissements chez Reflection Asset Management, se disant attiré par les grandes entreprises technologiques qui disposent d'énormes liquidités.

"Si elles doivent subir les contrecoups de ce recul, je suis un acheteur en cas de faiblesse", explique-t-il. "C'est simplement une réaction excessive du marché, et je suis ravi d'en profiter".

(Carolina Mandl à New York, avec la contribution de Suzanne McGee et Tatiana Bautzer, version française Diana Mandia, édité par Blandine Hénault)

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