Le président Erdogan dit privilégier la croissance et les exportations à la stabilité des prix.

Recep Tayyip Erdogan à Ankara, en Turquie, le 1er octobre 2022. ( AFP / ADEM ALTAN )
L'inflation a atteint 83,4% sur un an au mois de septembre en Turquie, marquant un seizième mois de hausse consécutive, selon les données officielles publiées lundi 3 octobre. Elle s'était élevée à 80,21% en août.
Cette forte augmentation des prix à la consommation -inégalée depuis 24 ans, en juillet 1998- est la conséquence de l'effondrement continu de la livre turque et survient après une nouvelle baisse des taux d'intérêt. Pour la deuxième fois en deux mois, la banque centrale a annoncé la semaine dernière une révision de son taux directeur de 13 à 12%.
La monnaie turque, qui a perdu plus de la moitié de sa valeur depuis le début de l'année , s'échangeait lundi matin à 18,55 livres turques pour une dollar.
Le Groupe de recherche sur l'inflation (Enag), composé d'économistes turcs indépendants qui conduisent leurs propres estimations, affirmait pour sa part lundi que l'inflation a dépassé les 186% sur un an , selon ses calculs, avec une hausse de 5,30 % en septembre.
La Turquie connaît une inflation à deux chiffres presque sans discontinuer depuis début 2017, mais celle-ci n'avait jamais atteint de tels niveaux depuis l'arrivée au pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan en 2003. La hausse des prix à la consommation est un sujet brûlant à moins de neuf mois de la prochaine élection présidentielle et alors que les sondages créditent le président Erdogan de 35% d'opinions favorables.
L'"ennemi, c'est les taux d'intérêt"
Le président Erdogan, qui dit privilégier la croissance et les exportations à la stabilité des prix, promet régulièrement que la Turquie "surmontera" le problème de l'inflation après le Nouvel an.
En attendant, pour beaucoup de Turcs, les hausses de prix deviennent difficilement soutenables : 48% des salariés perçoivent le salaire minimum , qui s'élève à 5.500 livres turques, soit moins de 330 dollars. Simultanément, le montant des loyers flambe dans les grandes villes (+84,7% en moyenne), ainsi que le coût de l'alimentation (+93%) et des transports (11,66%). Le billet de dolmus, les minibus privés d'Istanbul, est ainsi passé de 3,5 TL à 7,75 TL en un an.
À rebours des théories économiques classiques, le président Recep Tayyip Erdogan affirme que les taux d'intérêt élevés favorisent l'inflation et entend les abaisser encore pour soutenir les exportations. S'exprimant devant un forum économique la semaine dernière, le chef de l'État a lancé que "son ennemi, c'est les taux d'intérêt".
"Nous les avons réduits à 12% : est-ce suffisant ? non ! Je suggère de les abaisser encore davantage lors des prochaines réunions sur la politique monétaire".
Pour l'économiste britannique Timothy Ash, spécialiste des marchés émergents, "Erdogan a perdu la bataille de l'inflation, celle qui compte pour les gens bien plus que la croissance : les électeurs ne ressentent pas vraiment l'augmentation du PIB, ils voient l'inflation", fait-il valoir sur Twitter.
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