Les bombes pleuvent toujours au Moyen-Orient, les marchés baissent la tête
information fournie par Zonebourse 13/03/2026 à 11:52
La fermeture du détroit d'Ormuz constitue sans doute le principal levier de pression dont dispose l'Iran et Mojtaba Khamenei l'a bien compris : l'Iran déploie désormais des mines dans cet étroit goulot maritime, stratégique pour le commerce d'hydrocarbures.
"C'est une arme redoutable pour semer le chaos. Le pays n'aurait besoin de déployer que 5% de son arsenal disponible pour bloquer la circulation pendant plusieurs mois. Pour l'Iran, cette solution simple et économique vise à bouleverser les équilibres du conflit", souligne Grégoire Kounowski, Investment Advisor chez Norman K.
Dans une déclaration écrite relayée sur le site de l'ambassade iranienne à Paris, le leader chiite a laissé entendre qu'il étudiait l'ouverture d'autres fronts "où l'ennemi a peu d'expérience et serait très vulnérable".
Justement, hier à 20h40 heure de Paris, un drone a frappé le centre de la base kurde de Mala Qara (Irak) dans laquelle plusieurs militaires français étaient installés, tuant l'un d'eux et faisant six autres blessés. "Le détachement français présent sur place conduisait des actions de formation au profit de plusieurs unités irakiennes, en appui de la lutte contre le terrorisme, dans le cadre de l'opération Inherent Resolve", indique ce matin l'armée française.
L'Iran affirme aussi avoir tiré un missile hypersonique Fattah contre "des objectifs américano-israéliens à Tel Aviv". Ce matin, c'est l'OTAN qui indique avoir intercepté un 3e missile iranien dans l'espace aérien turc...
Semblant faire fi de la réalité du terrain et d'un potentiel embrasement régional plus général, Donald Trump claironne sur Truth Social que "la marine iranienne a disparu, son armée de l'air n'existe plus, ses missiles, ses drones et tout le reste sont anéantis, et ses dirigeants ont été rayés de la carte".
Sauf que le détroit d'Ormuz reste toujours impropre à la circulation et que le Brent a à nouveau franchi le seuil symbolique des 100 USD le baril. Un niveau si préoccupant que les Etats-Unis viennent d'accorder une dérogation de 30 jours pour l'achat du pétrole russe bloqué en mer.
"L'histoire nous a appris à maintes reprises qu'il est beaucoup plus facile de commencer une guerre que d'y mettre fin...", rappelle avec sagesse Mark Dowding, Chief Investment Officer, BlueBay Fixed Income.
Les conséquences économiques sous surveillance
En conséquence, Fitch Ratings a relevé son hypothèse de prix du Brent pour 2026 à 70 USD/baril, contre 63 USD/baril auparavant, en raison de la fermeture du détroit d'Ormuz, qu'il suppose "temporaire". Dans ces conditions, les analystes redoutent une forte reprise de l'inflation en Europe et s'interrogent quant à la stratégie qu'adoptera la BCE.
Chez Commerzbank, on juge "peu probable" une hausse prochaine des taux de la BCE, malgré les anticipations du marché après la flambée du pétrole liée à la guerre au Moyen-Orient. Dans son scénario central, le conflit resterait court, l'inflation remonterait temporairement vers 3%, puis refluerait, ce qui conduirait la BCE à laisser ses taux inchangés. Même en cas de guerre plus longue, avec un pétrole à 100 USD jusqu'à la fin de l'année, la banque n'est pas convaincue qu'une hausse de taux serait automatique.
Selon Goldman Sachs, malgré ce conflit, la croissance mondiale devrait rester relativement solide en 2026, autour de 2,8%. En zone euro, les perspectives restent plus fragiles. Goldman Sachs anticipe une croissance d'environ 1,0% en 2026, freinée par la hausse des prix de l'énergie et par une concurrence accrue sur les exportations, notamment en provenance de Chine.
L'inflation pourrait toutefois connaître un pic proche de 2,9%, principalement sous l'effet de l'énergie, avant de ralentir progressivement grâce à la modération des salaires et à un euro plus fort.
Les valeurs en mouvement
Dans l'actualité des sociétés, TotalEnergies signe la meilleure performance du CAC 40 en gagnant 1,9% devant Publicis ( 1,6%). En revanche, le luxe est en net repli avec -2,2% pour Kering et -1,7% pour LVMH et L'Oréal.
Selon Laurent Chaudeurge, analyste chez BDL Capital Management, la baisse des multiples dans le secteur du luxe n'est pas si attractive qu'elle n'en a l'air car après les révisions de bénéfices, le secteur traite encore autour de 25 à 27 fois les profits. D'après son analyse de terrain, la reprise en Chine n'interviendrait pas avant 2027 et, même à ce moment-là, elle serait moins rentable qu'avant.
Son idée centrale est que le consommateur chinois a changé. Il accepte moins de payer une forte prime locale pour les marques occidentales, il est devenu plus sophistiqué et attend davantage de contenu culturel chinois dans les produits. Ce qui, selon lui, devrait peser sur les marges du secteur.
Dans le reste des valeurs européennes, Zalando gagne 7%, profitant du soutien de Jefferies et Barclays, toujours positifs sur le dossier. Sur l'ensemble de l'année, les ventes ont atteint 12 346 MEUR, contre 10 572 MEUR un an plus tôt.
Uniper ( 3,3%) a confirmé un redressement solide lors des "earnings calls" du 11 mars. Pour la première fois depuis la crise énergétique, la société annonce le versement d'un dividende de 0,72 EUR par action.
Daimler Truck cède 0,1% après des résultats décevants. Le chiffre d'affaires recule à 45 530 MEUR, contre 50 173 MEUR un an plus tôt. Le résultat net est en baisse tout comme le résultat par action qui s'établit à 2,56 contre 3,64 l'année précédente.
De nombreuses statistiques à suivre
Sur le front des statistiques, les investisseurs ont pris connaissance des données sur l'inflation en France. Sur un an, les prix à la consommation ont augmenté de 0,9% en février 2026 (contre 1% anticipé).
En Espagne, la taux annuel de variation de l'IPC (indice des prix à la consommation) pour le mois de février est ressorti à 2,3%, soit le même niveau que celui enregistré en janvier, selon l'institut national de statistiques (INE).
Par ailleurs, la production industrielle corrigée des variations saisonnières a diminué de 1,5% dans la zone euro et de 1,6% dans l'UE, entre décembre 2025 et janvier 2026, selon les premières estimations d'Eurostat, l'office statistique de l'Union européenne. Elle était attendue en hausse de 0,6%.
Aux États-Unis, les investisseurs surveilleront à 13h30 la publication de l'indice PCE, la mesure d'inflation privilégiée par la Réserve fédérale, alors que la prochaine décision de politique monétaire de la Fed est attendue la semaine prochaine (17-18 mars).
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